L'État français a finalisé ce 31 mars 2026 le rachat de Bull, spécialiste du calcul haute performance et de l'IA, pour une valeur pouvant atteindre 404 millions d'euros. L'acquisition d'une entreprise historique.

La France rachète Bull pour 404 millions et mise tout sur le calcul haute performance et l'IA. © Tang Yan Song / Shutterstock
La France rachète Bull pour 404 millions et mise tout sur le calcul haute performance et l'IA. © Tang Yan Song / Shutterstock

Rachetée à Atos, Bull retrouve son indépendance sous pavillon public. La marque historique, qui opère la seule usine de supercalculateurs d'Europe à Angers, devient officiellement un pilier officiel de la stratégie française en matière d'intelligence artificielle et de calcul intensif. Une décision officialisée ce mardi 31 mars, et qui s'inscrit dans un contexte européen en pleine accélération, entre la livraison du supercalculateur JUPITER en Allemagne et le lancement prochain d'Alice Recoque en France.

Bull était un actif que la France ne pouvait pas laisser partir

Il y a quelque chose de symbolique dans cette histoire. Bull, marque vieille de près d'un siècle (à l'époque créée pour concurrencer IBM), naviguait dans le sillage d'Atos Group (sous bannière Eviden de 2022 à cette année), avant que l'État ne décide de reprendre les commandes. Pour une valeur d'entreprise pouvant atteindre 404 millions d'euros, la France récupère un acteur qui maîtrise toute la chaîne, de la conception à la fabrication de supercalculateurs, en passant par les solutions IA et l'informatique quantique.

L'atout industriel est à la fois concret et unique. L'usine d'Angers est la seule en Europe capable de fabriquer des supercalculateurs, ces machines colossales qui traitent des milliards d'opérations par seconde et qui sont devenues indispensables pour entraîner les grands modèles d'intelligence artificielle, simuler des scénarios militaires ou faire avancer la recherche scientifique. Cerise sur le gâteau, elles sont reconnues pour leur sobriété énergétique, un critère de plus en plus décisif à l'heure où faire tourner une IA coûte une énergie considérable.

Derrière la marque, il y a aussi une entreprise bien réelle avec 3 000 collaborateurs répartis dans 32 pays, dont la moitié basée en France, et un chiffre d'affaires de 720 millions d'euros en 2025. Mais ce qui impressionne vraiment, c'est la profondeur technique de Bull, forte de 1 600 brevets déposés et 300 data scientists, des spécialistes qui conçoivent et entraînent les modèles d'IA, intégrés directement dans l'entreprise. Autant d'atouts qui font de Bull un acteur difficile à égaler en Europe. Et pourtant, la société était en souffrance depuis de nombreuses années.

Le Français Bull (ex-Eviden) a contribué, et pas qu'un peu, à la naissance du supercalculateur Jupiter © Eviden / Atos
Le Français Bull (ex-Eviden) a contribué, et pas qu'un peu, à la naissance du supercalculateur Jupiter © Eviden / Atos

JUPITER livré et Alice Recoque en chantier : la France se met en ordre de marche sur les supercalculateurs

Le rachat de Bull arrive à point nommé, puisqu'il y a quelques jours, l'Europe franchissait un cap historique avec la livraison de JUPITER, un supercalculateur dit « exascale », c'est-à-dire capable d'effectuer plus d'un milliard de milliards d'opérations par seconde. La machine, installée à Jülich, en Allemagne, dans le cadre du programme européen EuroHPC, est taillée pour redéfinir les standards du calcul haute performance. Une prouesse qui place le Vieux continent dans le club très restreint des grandes puissances mondiales du calcul intensif.

Dans la foulée, la France a lancé la construction d'Alice Recoque, son prochain grand supercalculateur national. Il permettra de muscler les capacités françaises pour simuler des phénomènes complexes (climatiques, militaires, scientifiques) mais aussi pour analyser des masses de données colossales et entraîner des modèles d'IA toujours plus puissants. Avec Bull comme fabricant attitré, la France ne se contente plus de commander ces machines : elle les construit elle-même.

Du côté des ministres, le ton est presque va-t-en-guerre , toute proportion gardée. Roland Lescure, le ministre de l'Économie, parle d'« une nouvelle ère pour la filière stratégique du calcul haute performance et de l'intelligence artificielle ». La France veut jouer dans la cour des grands et ne pas être une simple spectatrice. Anne Le Hénanff, ministre déléguée au Numérique, évoque « un signal fort : celui d'un pays qui investit, qui protège ses savoir-faire et qui entend rester souverain dans les technologies qui feront le monde de demain. »